Ma relative humanité me rappelle qu’en ces jours lugubres, un soutien à nos idéaux s’impose. Mais aucune morale ne tient, aucun idéal non plus, sans réflexion préalable. Les amalgames racistes trouvant refuge sur la toile rappellent avec horreur à quel point, dans le désarroi, dans l’effroi, la pensée facile trace son chemin.
Aujourd’hui encore, on doit s’abaisser à rappeler que la folie et la violence n’ont en aucun cas d’appartenances ethniques et/ou religieuses. La douleur non plus. Moi même, trop cynique pour croire, je m’attriste parfois des religions partagées. Là où, à mon sens, toute spiritualité devrait rester personnelle… Éminemment ! Je sais d’ailleurs que l’homme en souffrance cherche souvent à se regrouper. C’est dans nos gênes animales. Mais ne rentrons pas dans un débat où de trop grandes choses seraient mises en cause et qui, comme ceux créés sur le net, ne ferait que nourrir une guérilla idéologique aggravant l’intolérance de certains d’entre nous. Débat qui rapidement me dépasserait, me distancierait.
Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas philosophe non plus. Juste un jeune scribouillard de l’art, irréligieux. Et pas très patriote en plus. C’est pourquoi, je ne vais pas trop m’attarder sur ces prises de positions morales, sociales, religieuses ou politiques qui ne sont pas mon fort. Mais je pense candidement pouvoir parler en mon statut d’être humain battant tous les jours le pavé sale et rugueux de notre société que je rêve embellie à chaque instant. Venons-en aux faits…
A ne pouvoir changer le monde, changeons au moins son image. Mais n’est ce pas l’image de ce dernier portée par l’humain, qui façonne le monde lui-même ?
Il est plus que jamais essentiel de rappeler l’importance de l’art et la culture dans ce marasme que nous supportons. Importance de l’art et donc de l’artiste dont la création peut, sinon éviter ce genre de situation, être le terreau amenant les plus ignorants d’entre nous, à laisser pousser leur réflexion sur une société – aussi mal en point soit-elle – un peu plus haut, et surtout à revoir leur vision simpliste du bien, du mal et du pourquoi. La haine est un lierre aux tendres racines apposé sur nos corps puissants. Eradiquons-la !
Certains d’entre nous, les plus blasés et/ou intolérants verront en cet article un simple cri du cœur d’un jeune amoureux de l’art, naïf comme il respire. A ceux-là, je demande, si un film, un bouquin, une pièce de théâtre, un dessin, une chanson, une photo… n’a jamais apporté une réflexion qui parfois, bouleverse un choix, une vie ou la perception de celle-ci.
Contre notre peur à tous, contre notre colère, contre l’horreur que l’on nous impose, reste à vivre dans la dignité, le respect et parfois la tristesse. Oui, préférons la tristesse. Soyons chagrin, dispersons la peur ! Mais surtout, en ces jours difficiles, gardons la force de surnager la terreur et l’ignorance et portons fièrement nos idéaux à la poitrine. Soyons fiers et irrévérencieux, ça, on ne nous l’enlèvera pas.
« Créer c’est résister » disait Deleuze.
A tous mes amis journalistes, dessinateurs, peintres, cinéastes, écrivains… à vous, aux autres, aux familles, aux victimes et à toute personne partageant ma sensibilité, j’offre ma compassion et ce qu’il me reste de courage pour lutter contre une humanité en perdition compliquant considérablement le bon fonctionnement des relations humaines. Alors, fuyons la bêtise et continuons à regarder. A regarder comme à montrer. A faire voir ! Et tant qu’à faire laissons le drame humain à l’humanité et non au business ou à la politique. Ne teintons l’horreur d’aucun prix, d’aucune couleur.
Comme le miroir brisé d’une république au sol, une France dont certains morceaux s’unissent, au pied de Marianne au poing levé, pour refléter un idéal oublié, battons-nous, nous aussi pour la liberté tant espérée, méritée et pas si évidente qu’il n’y paraît !
Ils ont tué ! Hier, ils ont tué douze noms. Certains plus connus que d’autres, d’autres, moins oubliés. Des hommes renommés que nous ne séparerons pas car plus que des êtres, ce sont des talents qu’ils ont essayé de priver de vie, un symbole, une idéologie. Celle de Charlie, l’hebdo dont nous portons aujourd’hui le nom. En blanc sur noir ou en noir tout court. Boisseau, Brinsolaro, Cayat, Charb, Cabu, Honoré, Maris, Merabet, Ourrad, Renaud, Tignous, Wolinski étaient Charlie Hebdo. Hier matin, je ne l’étais pas mais aujourd’hui nous le sommes tous, eux aussi. Pour toujours. Ils furent les hérauts de la liberté et des héros pour la liberté. Nous n’en sommes que les suiveurs, un peu vains et presque malgré nous mais tâchons d’être d’aussi bons suiveurs que possible et surtout tâchons de ne pas oublier que la seule liberté envisageable est absolue. A nous de ne jamais la brider. Jamais et sous aucune condition ! Animons la passion qui nous brûle !
On a tué Charlie Hebdo criaient-ils au sortir de leur ignoble entreprise. Or, nous sommes tous Charlie et plus que jamais vivants !