Certains devaient se foutre du Coran.

Précisons, certains – au commencement – devaient se foutre du Coran. Mais n’ayant pour unique échappatoire à leur(s) repli(s) identitaire(s) que le besoin de lancer un coup de pied rageur dans nos sociétés aux allures de fourmilière (la plupart des cas de radicalisme ne viennent-ils pas de rejets ?!), ils se dirigent vers l’unique élan radical sociétal qui persiste et hélas s’intensifie : l’Islamisme radical. Une révolte plus personnelle qu’idéologique – que l’on pourrait associer à une forme d’opportunisme – qu’ils quitteront comme la gauche extrémiste des années 70 fut aussi désertée en son époque. Quand la force de l’imaginaire s’étiole, on peut croire en n’importe quoi, même en la toute puissance de la terreur et en la mort pour unique finalité.

Un manque de choix, donc. Un manque de choix générationnel mais aussi culturel tant aujourd’hui, l’idée même d’une révolte radicale non religieuse semble impossible. Les idéaux, les valeurs qui furent plus proches des nôtres, des miens, semblent usées par le temps, ne laissant qu’un relent de souvenir menant aux rassemblements bienveillants, bien pensants, bien vite oubliés. Bien sûr, je pardonne, par exemple, plus facilement aux terroristes anarchistes – aujourd’hui plus que centenaires –, dont les idéaux et le besoin quasi nécessiteux de faire tomber l’extrémité d’une pyramide pour plus de libertés, m’enivrent bien plus que ceux d’endoctrineurs rageurs et religieux. (Si tant est que l’on puisse parler de religion sans leur faire trop allégeance).

Comment totalement leur en vouloir à ces imbéciles privés de tant de choses ? J’admets qu’il est bien difficile de le concevoir, mais ils en sont aussi les victimes, les chimères éclopées.

Chimères laissées sans culture à s’approprier. Peut-on, alors, parler d’enseignement défaillant ? Ou de système n’offrant plus aucun horizon culturel, ne cherchant plus à faire monter le désir du savoir ? (Ce que certains endoctrineurs maîtrisent probablement avec plus de finesse que nos enseignants). Je le pense, oui mais… « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons » écrivait Hugo. Cette phrase si pleine d’espoir est, aujourd’hui plus boiteuse qu’alors. Rares sont ceux qui volent encore leur pain pour survivre. Et si c’était encore le cas, ils passeraient certainement devant le barreau, mais ne finiraient aucunement derrière. L’école est désormais obligatoire. Ne faudrait-il donc pas en remanier le fonctionnement, visiblement problématique ? Des cours communs, indispensables et tant que possible approfondis, des différentes religions, des philosophies, des courants politiques à travers l’histoire donneraient un tapis des connaissances essentielles ; mais aussi des formations à l’analyse de l’image pour les rétines encore tendres et si malléables des jeunes étudiants. Et tant qu’à faire, rendons bandante la culture, dépoussiérons les bibliothèques et réfléchissons à l’avenir des arts populaires glissant avec entrain vers le populisme bas du front, voir pire, au néant cérébral. Ne comptons plus la sueur et l’argent, nous devons réparer nos erreurs et ramener les communes valeurs.

Chimères sans non plus d’avenirs professionnels et économiques à caresser. Voici, semblerait-il, le point d’achoppement de tous les maux contemporains. Il ne faudrait cependant pas pour autant disperser les autres torts d’un coup de manche aveuglé. Même si dans un système régressif au libéralisme économique aussi profondément ancré, il est bien difficile de laisser place à l’être humain pour ce qu’il est et non ce qu’il représente en matière de chiffres et de rendement. Les rêves sont – au fil des décennies – devenus ce qu’ils sont. Voilà qu’il est de plus en plus difficile d’y parvenir, il faudra faire avec et prôner la plus grande égalité quant aux accès à l’emploi et aux ressources vitales. (Culturelles, éducatives, économiques, sociales, spirituelles)

Et surtout face à un tel manque de possibilités d’intégration et d’ouverture à la véritable identité musulmane dans nos pays, qu’en est-il de tous ses avenirs d’ores et déjà incertains ? Alors qu’une droite réactionnaire et apeurée semble vouloir rendre cet intérêt commun si compliqué par son désir de renvoyer – à coups de bottes de plus en plus noires, montantes et cirées – le train de la modernité multiculturelle en sens inverse, vers les flammes destructrices de l’oubli. Alors que les médias n’offrent pour imaginaire de cultures différentes que leurs squelettiques stéréotypes. Alors que certains politiques se baignent insouciants dans la religion et que certaines religions se teignent de politique… (L’usage abusif des religions pour atteindre un but politique – et ce qu’elle qu’en soit le sens – me semble être l’un des pires fléaux existants. Une autre forme d’extrémisme idéologique ?!). Par ces faits, la montée des extrémismes religieux (et des extrémismes de toute sorte) freine considérablement l’évolution démocratique de toute vie politique commune tant elle pousse aux guerres intestines à l’échelle mondiale, nationale, humaine, voir à la césure théorétique d’un même individu jusqu’à son anéantissement… On parle de schizophrénie d’une nation, d’êtres mis à part, perdus dans la cité. Eux qui souvent s’autoproclament exclus.

Je ne parlerai pas, ici, de quelconque besoin de sécurité, de gestion infrastructurelle ou de lutte politique cela me dépasserait bien plus encore que les quelques idées brassées et jetées aux vents, ci-dessus. Car, bien sûr, je ne suis aucunement sociologue, politologue, théologien ou quoique ce soit, juste une plume et un esprit parfois naïf et tentant l’optimisme qui – parmi tant d’autres – pensent, regardent, lisent, s’interrogent, se complaignent… Mais ne peuvent en aucun cas observer un délitement sociétal, une autodestruction de tous les rêves de liberté, de confraternité, de gestion logique et bienveillante de toutes les constitutions d’un monde idéologique par beaucoup partagé, bref, l’effondrement cataclysmique du monde en son intérieur, sans unir leurs voix numériques, sans vomir leurs verbiages silencieux sur la toile couvrant l’univers.

Ceci est un cri du cœur, avant toute autre chose.

Et puis, à d’autres, rappelez-vous que, parfois, mieux vaut se taire… « Vos gueules ! » diraient certains. Mais n’étant pas de ceux-là, me voilà tout de même peiné – seul avec ma vaniteuse prétention – d’oser vous le dire. Alors, je vous en prie, si vous pensez être incapables d’entreprendre une quelconque réflexion jusqu’au plus près de son achèvement, si vous pensez être infoutus d’entrevoir un problème quel qu’il soit dans son entièreté ; par pitié, gardez vos insanités logorrhéiques à la chaleur de vos boites crâniennes. Et que vos mâchoires virtuelles restent closes, que vos langues de pixels évitent de battre vos palais blanc et bleu, qui ne sont, Mesdames, Messieurs, que caves insalubres à mes yeux. Mais sachez que malgré cela, vous garderez – au delà de mon irrépressible désir d’humanité – mon plus grand respect. Alors, imaginez un peu certains d’entre vous, ceux qu’il m’arrive même parfois d’aimer.

A ne pouvoir changer le monde, changeons au moins son image.

Ma relative humanité me rappelle qu’en ces jours lugubres, un soutien à nos idéaux s’impose. Mais aucune morale ne tient, aucun idéal non plus, sans réflexion préalable. Les amalgames racistes trouvant refuge sur la toile rappellent avec horreur à quel point, dans le désarroi, dans l’effroi, la pensée facile trace son chemin.

Aujourd’hui encore, on doit s’abaisser à rappeler que la folie et la violence n’ont en aucun cas d’appartenances ethniques et/ou religieuses. La douleur non plus. Moi même, trop cynique pour croire, je m’attriste parfois des religions partagées. Là où, à mon sens, toute spiritualité devrait rester personnelle… Éminemment ! Je sais d’ailleurs que l’homme en souffrance cherche souvent à se regrouper. C’est dans nos gênes animales. Mais ne rentrons pas dans un débat où de trop grandes choses seraient mises en cause et qui, comme ceux créés sur le net, ne ferait que nourrir une guérilla idéologique aggravant l’intolérance de certains d’entre nous. Débat qui rapidement me dépasserait, me distancierait.

Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas philosophe non plus. Juste un jeune scribouillard de l’art, irréligieux. Et pas très patriote en plus. C’est pourquoi, je ne vais pas trop m’attarder sur ces prises de positions morales, sociales, religieuses ou politiques qui ne sont pas mon fort. Mais je pense candidement pouvoir parler en mon statut d’être humain battant tous les jours le pavé sale et rugueux de notre société que je rêve embellie à chaque instant. Venons-en aux faits…

A ne pouvoir changer le monde, changeons au moins son image. Mais n’est ce pas l’image de ce dernier portée par l’humain, qui façonne le monde lui-même ?

Il est plus que jamais essentiel de rappeler l’importance de l’art et la culture dans ce marasme que nous supportons. Importance de l’art et donc de l’artiste dont la création peut, sinon éviter ce genre de situation, être le terreau amenant les plus ignorants d’entre nous, à laisser pousser leur réflexion sur une société – aussi mal en point soit-elle – un peu plus haut, et surtout à revoir leur vision simpliste du bien, du mal et du pourquoi. La haine est un lierre aux tendres racines apposé sur nos corps puissants. Eradiquons-la !

Certains d’entre nous, les plus blasés et/ou intolérants verront en cet article un simple cri du cœur d’un jeune amoureux de l’art, naïf comme il respire. A ceux-là, je demande, si un film, un bouquin, une pièce de théâtre, un dessin, une chanson, une photo… n’a jamais apporté une réflexion qui parfois, bouleverse un choix, une vie ou la perception de celle-ci.

Contre notre peur à tous, contre notre colère, contre l’horreur que l’on nous impose, reste à vivre dans la dignité, le respect et parfois la tristesse. Oui, préférons la tristesse. Soyons chagrin, dispersons la peur ! Mais surtout, en ces jours difficiles, gardons la force de surnager la terreur et l’ignorance et portons fièrement nos idéaux à la poitrine. Soyons fiers et irrévérencieux, ça, on ne nous l’enlèvera pas.

« Créer c’est résister » disait Deleuze.

A tous mes amis journalistes, dessinateurs, peintres, cinéastes, écrivains… à vous, aux autres, aux familles, aux victimes et à toute personne partageant ma sensibilité, j’offre ma compassion et ce qu’il me reste de courage pour lutter contre une humanité en perdition compliquant considérablement le bon fonctionnement des relations humaines. Alors, fuyons la bêtise et continuons à regarder. A regarder comme à montrer. A faire voir ! Et tant qu’à faire laissons le drame humain à l’humanité et non au business ou à la politique. Ne teintons l’horreur d’aucun prix, d’aucune couleur.

Comme le miroir brisé d’une république au sol, une France dont certains morceaux s’unissent, au pied de Marianne au poing levé, pour refléter un idéal oublié, battons-nous, nous aussi pour la liberté tant espérée, méritée et pas si évidente qu’il n’y paraît !

Ils ont tué ! Hier, ils ont tué douze noms. Certains plus connus que d’autres, d’autres, moins oubliés. Des hommes renommés que nous ne séparerons pas car plus que des êtres, ce sont des talents qu’ils ont essayé de priver de vie, un symbole, une idéologie. Celle de Charlie, l’hebdo dont nous portons aujourd’hui le nom. En blanc sur noir ou en noir tout court. Boisseau, Brinsolaro, Cayat, Charb, Cabu, Honoré, Maris, Merabet, Ourrad, Renaud, Tignous, Wolinski étaient Charlie Hebdo. Hier matin, je ne l’étais pas mais aujourd’hui nous le sommes tous, eux aussi. Pour toujours. Ils furent les hérauts de la liberté et des héros pour la liberté. Nous n’en sommes que les suiveurs, un peu vains et presque malgré nous mais tâchons d’être d’aussi bons suiveurs que possible et surtout tâchons de ne pas oublier que la seule liberté envisageable est absolue. A nous de ne jamais la brider. Jamais et sous aucune condition ! Animons la passion qui nous brûle !

On a tué Charlie Hebdo criaient-ils au sortir de leur ignoble entreprise. Or, nous sommes tous Charlie et plus que jamais vivants !